Légalité en France et rôle de l'ANJ
Notre enquête reconstitue la mécanique complète du pouvoir administratif de blocage confié à l'Autorité Nationale des Jeux depuis la loi n° 2022-296 du 2 mars 2022, du premier constat d'infraction transmis par le pôle enquêtes jusqu'à la notification adressée aux fournisseurs d'accès à internet et aux moteurs de recherche, en s'appuyant sur les 506 décisions publiées à fin octobre 2024 et sur le flux continu d'adresses supplémentaires traitées durant l'année 2025 selon la communication institutionnelle de l'autorité.

Périmètre légal des jeux d'argent en France
Le droit français pose depuis la loi du 21 mai 1836 un principe général de prohibition des jeux de hasard, tempéré par des régimes de dérogation limitativement énumérés. La loi n° 2010-476 du 12 mai 2010 relative à l'ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d'argent et de hasard en ligne a ouvert, sous strict régime d'agrément, trois familles de jeux au marché en ligne, les paris sportifs, les paris hippiques et le poker en ligne. Aucune autre catégorie ne relève à ce jour d'un régime légal ouvert au marché privé, en particulier les jeux de casino au sens strict, qui recouvrent la roulette, la boule, les jeux de table de type blackjack ou baccara et l'ensemble des machines à sous. Le monopole des casinos physiques et des jeux de tirage reste par ailleurs organisé par la loi et confié à des exploitants agréés.
Cette distinction entre casino physique autorisé sous licence préfectorale et casino en ligne interdit hors ANJ est régulièrement rappelée par les décisions rendues par le Conseil d'État sur les projets de texte concernant les jeux de hasard, ainsi que par la jurisprudence administrative sur les recours engagés par des opérateurs offshore contre les décisions de blocage. La communication publique de l'Autorité Nationale des Jeux insiste sur ce point à chaque publication de son rapport annuel, la confusion entretenue par certains sites offshore entre licence maltaise, licence curacienne et régime français étant identifiée par le régulateur comme un facteur de vulnérabilité pour les internautes à la recherche d'une offre présentée comme légale sans qu'elle le soit en droit français.
02Rôle de l'ANJ depuis 2020
L'Autorité Nationale des Jeux a succédé à l'Autorité de régulation des jeux en ligne au 23 juin 2020, en application de l'ordonnance n° 2019-1015 du 2 octobre 2019 réformant la régulation des jeux d'argent et de hasard. Le périmètre de compétence a été considérablement élargi, l'autorité assurant désormais la régulation transversale de l'ensemble des opérateurs de jeux d'argent et de hasard, casinos physiques inclus, loterie et jeux de tirage inclus, PMU inclus, en plus des opérateurs en ligne déjà encadrés par l'ancien régulateur. Ce basculement institutionnel a donné à la nouvelle autorité un mandat unique de contrôle du marché et de protection des joueurs vulnérables, avec une capacité budgétaire renforcée et une compétence de sanction financière plus étendue.
Le collège de l'ANJ est composé de neuf membres nommés par décret sur proposition croisée du Parlement, du Conseil économique social et environnemental, du Conseil supérieur de l'audiovisuel devenu ARCOM et du gouvernement. Il rend des décisions à portée exécutoire sur trois volets, l'agrément et le retrait d'agrément des opérateurs autorisés, l'homologation des programmes annuels de jeux et le contrôle des politiques de jeu responsable. À ces missions s'ajoute depuis mars 2022 le pouvoir administratif de blocage et de déréférencement des sites de jeu illégaux, prononcé sans passage préalable devant le juge judiciaire. Notre enquête a suivi ce dernier volet séance par séance à partir des publications au registre officiel de l'autorité.
Exemple chiffré
Le rapport annuel 2024 de l'ANJ fait état d'un effectif de cent quarante agents environ, dont un pôle enquêtes en charge du suivi des sites illégaux composé d'une équipe pluridisciplinaire d'analystes juridiques, d'ingénieurs réseau et d'agents de veille sectorielle. Le budget consolidé de l'autorité, alimenté par un prélèvement sur les opérateurs agréés et par une dotation budgétaire complémentaire, dépasse les vingt millions d'euros, dont une part significative est consacrée aux campagnes d'information et à la maintenance de la plateforme risques-casino-en-ligne.fr mise en ligne au printemps 2024.
03Loi 2010-476 et ordonnance 2019-1015
La loi n° 2010-476 du 12 mai 2010 constitue le socle du régime français d'ouverture régulée du marché en ligne. Elle définit trois catégories de jeux ouverts à l'agrément, encadre les obligations des opérateurs en matière de lutte contre le blanchiment, de protection des joueurs et de retour au joueur, et fixe les modalités de délivrance des agréments par le régulateur. Sa portée a été considérablement étendue par l'ordonnance n° 2019-1015 du 2 octobre 2019, qui a créé l'ANJ, transféré à cette dernière la compétence sur l'ensemble des opérateurs, et refondu le régime de contrôle des politiques de jeu responsable, notamment par la modernisation du fichier national des interdits volontaires de jeu.
La consolidation de ces deux textes figure sur Légifrance à jour des modifications successives, dont la plus significative reste la loi n° 2022-296 du 2 mars 2022 qui a doté l'autorité de son pouvoir administratif de blocage. Le corpus applicable est complété par les articles L320-1 et suivants du code de la sécurité intérieure, par le décret n° 2020-494 du 28 avril 2020 qui a fixé les modalités pratiques de fonctionnement de l'autorité, et par une série d'arrêtés d'application publiés au Journal officiel qui précisent les cahiers des charges applicables à chaque catégorie d'agrément. Cet ensemble constitue le référentiel de contrôle utilisé par la rédaction pour identifier une plateforme illégale.
04Blocage administratif et déréférencement depuis 2022
La loi n° 2022-296 du 2 mars 2022 visant à démocratiser le sport en France a inséré dans le code de la sécurité intérieure les articles L323-1-1 et suivants, qui confèrent à l'ANJ un pouvoir administratif de notification aux fournisseurs d'accès à internet et aux moteurs de recherche des adresses de sites de jeux d'argent proposés sans agrément. Cette procédure permet un blocage effectif et un déréférencement dans un délai généralement compris entre trois et quinze jours après la notification, sans passage préalable devant le juge judiciaire, alors que le régime antérieur imposait une saisine du président du tribunal statuant en la forme des référés. Le contrôle juridictionnel demeure ouvert a posteriori devant le tribunal administratif de Paris.
La procédure interne à l'autorité commence par un signalement, transmis par un joueur, par un partenaire institutionnel européen membre du réseau des régulateurs des jeux, par une banque ayant identifié un flux atypique, ou détecté par la veille automatisée du pôle enquêtes. L'analyse juridique confirme l'absence d'agrément ANJ. Une mise en demeure est adressée à l'opérateur identifiable, dans un délai fixé par le règlement intérieur. En l'absence de régularisation, une décision motivée est prise en collège, notifiée aux fournisseurs d'accès à internet français et aux principaux moteurs de recherche, avec effet de blocage sur le territoire national et retrait des résultats de recherche associés.
Points-clés
- Loi n° 2022-296 du 2 mars 2022 donne à l'ANJ le pouvoir administratif de blocage sans juge préalable
- 506 décisions adoptées et 2 365 URL fermées entre mars 2022 et octobre 2024
- Plus de 1 000 URL supplémentaires traitées durant l'année 2025 selon l'ANJ
- Recours contentieux ouvert devant le tribunal administratif de Paris pour l'opérateur visé
Bilan chiffré des blocages ANJ
Le bilan public consolidé arrêté à fin octobre 2024 par l'Autorité Nationale des Jeux fait état de 506 décisions administratives adoptées et de 2 365 URL fermées ou déréférencées depuis l'entrée en vigueur du dispositif le 2 mars 2022. Ce volume représente une moyenne d'environ 900 URL par an, avec une accélération marquée sur les douze derniers mois du bilan, liée à l'industrialisation de la veille interne et au renfort de l'équipe d'analystes affectée au pôle enquêtes. La ventilation par catégorie d'opérateur, publiée dans le rapport annuel 2024, indique que les casinos en ligne au sens strict représentent l'essentiel des adresses traitées, devant les plateformes de paris hors marché régulé et les cercles de poker offshore.
L'année 2025 a marqué une nouvelle inflexion, avec plus d'un millier d'URL supplémentaires bloquées selon la communication publique de l'autorité au premier semestre 2026. Cette accélération traduit à la fois l'entrée en régime de croisière du pôle enquêtes, la coopération opérationnelle avec les hébergeurs, les registrars et les moteurs de recherche, et le renforcement de l'échange d'informations avec les régulateurs européens membres du Gaming Regulators European Forum. Le déréférencement obtenu auprès des moteurs de recherche complète le blocage DNS auprès des fournisseurs d'accès, avec un effet cumulé sur la visibilité et sur l'accessibilité des sites concernés.
Exemple chiffré
Le tableau de bord publié par l'ANJ au titre du premier semestre 2025 fait apparaître un rythme moyen d'environ cent quatre-vingts URL traitées par mois, avec des pics à deux cent quatre-vingts sur les mois de forte activité contentieuse. Le délai médian écoulé entre la mise en demeure et la notification de blocage est descendu à onze jours calendaires en 2025, contre dix-sept jours en 2023, selon les chiffres publiés dans le rapport d'activité intermédiaire diffusé lors de la conférence de presse de rentrée de l'autorité. Cette amélioration reflète la stabilisation de la procédure interne et la standardisation des dossiers instruits par le pôle enquêtes.
06Statut du joueur face à un site illégal
Le régime français d'incrimination pénale du jeu illégal cible principalement l'organisateur, non le joueur particulier. Les articles 324-1 et suivants du code de la sécurité intérieure prévoient des sanctions pénales lourdes pour l'organisation de jeux non autorisés, la participation en tant que joueur restant en principe hors du champ de l'incrimination pénale. La position constante des juridictions et de la doctrine confirme que le joueur qui a ouvert un compte sur un site illégal ne fait pas l'objet de poursuites pour ce seul fait, sauf circonstances aggravantes tenant à l'organisation ou à la promotion de l'activité prohibée à l'égard de tiers.
Cette immunité pénale relative ne se traduit toutefois par aucun droit à recours ANJ en cas de non-paiement, de gel du solde, de clôture unilatérale du compte ou de rejet de la demande de retrait. L'autorité française n'a pas juridiction sur un opérateur enregistré à l'étranger et n'a pas mission d'assister le joueur qui a librement contracté avec une plateforme non agréée. Le médiateur des jeux, saisi occasionnellement, rappelle systématiquement l'absence de compétence dans ces situations et oriente vers les canaux de médiation privée éventuellement prévus par la licence étrangère détenue par l'opérateur, avec une efficacité extrêmement variable selon la juridiction.
Amendement PLF 2025 et concertation 2026
Le projet de loi de finances pour 2025 a été le théâtre d'une tentative parlementaire d'ouverture partielle du casino en ligne au marché régulé français. Un amendement, déposé lors de l'examen en commission des finances, proposait d'introduire un régime dérogatoire calqué sur le modèle britannique, avec un taux d'imposition sur les mises brutes fixé initialement à cinquante-cinq pour cent et une soumission à l'agrément de l'ANJ. Le texte a été largement débattu dans la presse spécialisée et dans la presse quotidienne nationale, chaque camp mobilisant ses arguments sur la protection des joueurs, sur le manque à gagner fiscal lié au marché offshore, et sur l'équilibre économique des casinos physiques implantés en zone thermale ou balnéaire.
Le retrait de l'amendement, intervenu quelques jours après son dépôt, a été motivé par la conjonction de plusieurs positions publiques, celle de l'ANJ appelant à un cadre transversal plutôt qu'à une simple ouverture fiscale, celle des associations d'aide aux joueurs redoutant une accélération de la prévalence des troubles addictifs, et celle des syndicats du secteur des casinos physiques craignant un effet de cannibalisation. Une concertation dédiée a été lancée en 2026 par le ministère de tutelle, avec un calendrier d'auditions programmé jusqu'à la fin de l'année et un rapport de synthèse annoncé pour le premier semestre 2027. L'issue de cette concertation conditionnera l'éventuelle réintroduction d'un texte législatif sur le sujet.
08Ce que change la position ANJ pour le joueur
La position institutionnelle de l'Autorité Nationale des Jeux repose sur trois piliers cohérents entre eux. Le premier tient à l'application stricte du périmètre légal actuel, qui exclut le casino en ligne du marché régulé, avec un pouvoir de blocage exercé de manière systématique dès qu'une URL non agréée est identifiée. Le deuxième tient à l'information du public, à travers la campagne risques-casino-en-ligne.fr lancée en 2024 et la publication d'une liste actualisée de sites illégaux consultable en ligne, dispositif complété par des supports pédagogiques distribués auprès des acteurs de santé, des associations et des collectivités territoriales. Le troisième tient à la coopération internationale, l'autorité étant membre actif du réseau européen des régulateurs de jeux.
Pour le joueur qui cherche à comprendre le cadre applicable, la conséquence pratique de cette position est double. Il n'existe aujourd'hui aucun moyen d'accéder à un casino en ligne légal en France, quelle que soit la juridiction émettrice de la licence détenue par la plateforme et quelle que soit la sophistication des arguments marketing avancés. La deuxième conséquence tient à la prise en compte de cette absence de cadre au moment d'évaluer un service qui se présenterait comme légal, exclusif, réservé à un cercle d'initiés, ou couvert par une licence étrangère supposée équivalente. Notre enquête invite le lecteur à toujours vérifier la présence d'un opérateur sur la liste des agréés publiée par l'ANJ avant toute inscription, cette liste constituant le seul référentiel opposable à un opérateur en cas de litige. À cette vérification s'ajoutent trois observations pratiques dégagées de la couverture du bilan d'activité de l'autorité. Une plateforme dont le nom de domaine change fréquemment traduit un contournement documenté du dispositif de blocage administratif. Une plateforme qui met en avant une licence Curaçao ou Anjouan sans mention explicite d'un agrément français signale sa position hors du champ ouvert par le législateur. Une plateforme qui promet un jeu de casino en ligne au sens strict, machines à sous ou jeux de table, sort par nature du périmètre autorisé par la loi n° 2010-476 et se trouve dans le viseur du pôle enquêtes dès lors que sa cible commerciale est identifiée comme francophone. Ces trois signaux, croisés avec la liste noire tenue par l'ANJ, offrent au lecteur un référentiel de vigilance élémentaire, complémentaire des obligations LCB-FT couvertes par les autres volets du dossier. Notre rédaction rappelle enfin que la campagne risques-casino-en-ligne.fr mise en ligne par l'autorité constitue un point d'entrée pédagogique gratuit, indépendant et régulièrement actualisé, dont la fréquentation a doublé sur les douze mois écoulés selon les statistiques publiées lors de la conférence de presse de rentrée du régulateur.
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Vérification
Sources consultées, dernière vérification 31 juillet 2026. Les chiffres relatifs aux 506 décisions et aux 2 365 URL fermées, ainsi que le point sur l'activité 2025, sont repris du bilan public publié par l'Autorité Nationale des Jeux sur anj.fr.
Questions fréquentes
Combien de sites de casino illégaux l'ANJ a-t-elle fait tomber depuis 2022
L'Autorité Nationale des Jeux annonce 506 décisions administratives adoptées et 2 365 URL fermées ou déréférencées entre le 2 mars 2022, date d'entrée en vigueur du nouveau pouvoir de blocage, et fin octobre 2024. Sur l'année 2025, plus d'un millier d'adresses supplémentaires ont été traitées selon la communication publique de l'autorité, ce qui traduit une intensification nette de l'activité d'enquête.
Le blocage administratif est-il définitif
Le blocage vise l'URL notifiée aux fournisseurs d'accès à internet et aux moteurs de recherche à un instant donné, ce qui n'empêche pas l'opérateur illégal de basculer sur un nom de domaine miroir. Le service enquêtes de l'ANJ suit ce phénomène et publie régulièrement des trains de nouvelles décisions visant les redirections repérées. L'opérateur peut par ailleurs contester la décision devant le tribunal administratif de Paris dans le délai de recours contentieux.
Que s'est-il passé avec l'amendement casino en ligne du PLF 2025
Un amendement introduit lors de l'examen du projet de loi de finances pour 2025 prévoyait d'ouvrir un régime dérogatoire au casino en ligne, avec une fiscalité inspirée du modèle britannique. Le texte a été retiré à la suite des positions publiques exprimées par les casinotiers physiques, par l'ANJ et par les associations d'aide aux joueurs. Une concertation dédiée au sujet a été engagée en 2026.
Le joueur qui accède à un site bloqué encourt-il une sanction
La sanction administrative visée par l'article L323-1-1 du code de la sécurité intérieure et par les décisions ANJ concerne l'opérateur, non le joueur particulier. Le joueur n'est pas poursuivi pour la simple ouverture d'un compte sur un site illégal, mais il ne dispose d'aucun recours ANJ en cas de non-paiement, et il assume seul les conséquences fiscales et bancaires liées à ses flux financiers.
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